Que s’est-il vraiment passé samedi 22 février à Nantes #NDDL ?

Le reportage d’Agence Info Libre qui a, comme d’habitude, la couverture la plus complète. Le silence des médias hier, bien heureux de pouvoir passer Kiev en boucle, est particulièrement frappant.

A 12:30, on appréciera les images anonymes des manifestants qui tente d’empêcher des « casseurs » de démolir les cabanes de la TAN, et les « casseurs » qui tendent une main habituée vers la caméra en ajoutant « Laisse-nous travailler »

Mise à jour : excellent compte-rendu de Louis-Benoît Greffe Nantes : la manifestation contre Notre-Dame des Landes dégénère, l’ultra-gauche dévaste le centre-ville

Mise à jour (2 mars) :
L’analyse détaillée du tir tendu de flashball contre un journaliste (par Yves Monteil, le journaliste victime, qui a porté plainte contre X pour « Violence volontaire avec arme et complicité de violence volontaire avec la triple circonstance aggravante qu’elle a été commise par un fonctionnaire en charge de l’autorité publique dans l’intention de provoquer une mutilation permanente, en groupe organisé. »)
Le retour à froid de Report’erre : contexte et historique

Suivi à distance et avec mes contacts sur place.

– on n’avait jamais vu telle mobilisation policière sur Nantes : grilles sur remorques, grilles sur camions, centre ville barré intégralement à la grille (il fut déjà barré « à la main »).

– premières lacrymo avant 16h. Et usage libéral des tirs de grenade triples, y compris sur des foules pacifiques (on entend des cris d’enfant sur certaines vidéos).

– on laisse des manifestants provocateurs passer l’après midi dehors ; les images des policiers en civil en réserve sont parlantes : quand ils ne jouent pas les provocateurs dans les rangs de manifestants, leur premier rôle reste d’interpeller en flagrance. Pourquoi cette inactivité ? Jusqu’à 18h, on annonçait une (UNE !) interpellation

– les manifestants ont utilisé des mélanges de techniques de rue (le retour de lacrymo), de techniques de ZAD (la barricade), avec une touche ukrainienne pour les départs de feu sur barricade et les feux d’artifice.

– le flou autour du trajet, des zones interdites ou pas, la mobilisation quasi militaire, semble montrer que le pouvoir, encore une fois, cherche l’affrontement. Stratégie qui peut être payante à moyen terme (violences > affrontements > répression) mais qui va user les forces de l’ordre. Manu le chimique préjuge peut-être de son autorité.

En attendant, je serai au JDC Nantes le dimanche 6 avril 2014, armé de mon appareil photo.

Provocations policières à la Manif Pour Tous

Suivies à distance dimanche soir (je n’étais pas à #MPT, pas plus que l’année dernière), et excellement relatées par Le Rouge et le Noir 

Avec cette photo admirable d’un service d’ordre qui empêche les provocateurs de rentrer dans les rangs des manifestants qui se dispersent !

Jour de Colère : le reportage d’Agence Info Libre

La manifestation de bout en bout, dans la même ambiance que j’ai perçue en marchant et en remontant deux fois la colonne pour retrouver des connaissances ou simplement pour VOIR ce qui se passait (et qui est historique).


Pour l’avoir vécu au même endroit, mais souvent de l’autre côté de la place :

  • à 1:10 des provocateurs se glissent le long de la brasserie Vauban et passent derrière la ligne des CRS pour se repositionner côté est de l’avenue de Breteuil
  • à 2:50 les policiers en civil photographiés chargent à la matraque et la bombe lacrymo pour ramasser un manifestant. En revenant vers la ligne de CRS, vous apercevez le grand frère de Foutriquet 1er qui calme tout le monde
  • à 3:40 la charge des CRS contre les barrières, des civils se retrouvent dans les rangs des CRS sans être inquiétés…
  • à 5:00 les premières manoeuvres autour de l’avenue de Tourville qui aboutiront à la mise en place de la souricière
  • à 6:00 dans la souricière, les dangereux fâchistes extrêmistes démarrent un chant non identifié, sûrement un hymne du IIIe Reich
  • à 8:20 le début de la fin, quand de jeunes « versaillais » entament en choeur et en couleurs le chant de la Quenelle. Place Beauvau, on chie mou.
  • à 14:07 un CRS tente d’expliquer qu’il obéit aux ordres (« le jour où votre patron, il vous dit… ») se fait rappeller l’article 122-4 par un citoyen en colère. Sûrement un dangereux fachiste, encore.

 

Les deux victoires du Jour de Colère

Première victoire, celle d’avoir fait naître les ferments de la coagulation : Jamais on avait vu une population si diverse (et supposée adverse), qui se réunit dans la rue, au mois de janvier, sans le soutien d’un organe constitué. Deux tiers d’hommes, quelques familles, quelques ados, peu d’enfants. Quelques handicapés en fauteuil (chapeau !). Des Hommen torse nus (j’espère qu’ils ont tournés entre eux, sinon c’est la bronchite). Des artisans, des centres équestres, des Manif pour Tous. Des quenelliers. Des lyonnais en grande forme. Une bonne sono au début. Des musiques bizarres à la fin ; va falloir choisir un thème, les gens ! Des interventions trop longues, comme toujours. Beaucoup de slogans. Pas de délires extrêmistes, contrairement à ce qu’on dit les médias. On est dans le dur, dans le sérieux, dans le résolu. Ca va se refaire.

L’objectif initial de ceux qui voulaient manifester plus fermement que l’année dernière est atteint. Les slogans vainqueurs à l’applaudimètre sont « Hollande Démission » et la Marseillaise. Sans oublier Manuel Valls, pire ministre de l’Intérieur de l’histoire (a-t-on jamais vu un chef de la police laisser passer un Closer cinq jours avant une conférence de presse d’importance ?), qui a subi le pire lazzi de sa vie à son apparition sur les écrans géants de la place Vauban. Sur ce point, l’entente était chaleureuse.

Deuxième victoire, la rencontre inédite entre français de souche (globalement représentés par les groupes cathos/familiaux plus ou moins crispés) et les français de branche (sous la bannière liberté d’expression, Alain Soral en tête, mais surtout avec un paquet de citoyens français de toutes les sensibilités).

La cohabitation était inattendue et suscitait quelques inquiétudes : comment faire se rapprocher des cathos de droite anémiés en culture politique et économique qui voient encore les bronzés comme l’ennemi et des français de branche a priori peu enclins à sympathiser avec des gaulois pas franchement islamophiles ? J’ai vu de mes yeux les membres de la bannière liberté d’expression voisiner à dix mètres des bannières de Civitas. On comprend que le pouvoir chie mou. Les quenelliers étaient nombreux, l’ananas fiché sur un manche à balai tenant lieu de banderole et la quenelle de signe de ralliement. La présence sur le podium était largement nécessaire, dommage que le manque de préparation (?) ait paralysé la prise de parole.

Et le rassemblement : un vrai échantillon du peuple francais, salariés, chômeurs, cathos crispés, français de branche zen mais quand même, tous râleurs invétérés, rassemblés par l’esprit gaulois. Des défiances encore, mais pas de friction.

Les interventions au podium furent un peu longues, comme toujours. Deux interventions sortaient du lot : Thierry Borne, auteur du meilleur amendement que l’Assemblée ait reçu depuis longtemps, et Xavier Kemlin, l’homme qui porte plainte contre le Président, preuve que l’heure est aux gens d’action.

Peu visible encore ce jour là, une vraie remontée aux causes des causes : représentativité, monnaie, souveraineté. Quelques banderoles des Chouartistes , quelques-unes contre le libéralisme et les banques, une belle banderole contre l’euro, mais pas de prise de parole. En attendant, pas mal de groupes courent leurs lièvres habituels (le mariage pour tous n’étant que le dernier avant le suivant). S’attendre à ce que le même système produise des résultats différents est utopique pour dire le moins. À ce compte, l’appel au Parlement pour destituer le Président est doucement rêveur. Il s’agit du même Parlement (aux étiquettes près) qui a ratifié un Traité de Lisbonne refusé par la volonté populaire. Pourquoi mordrait-il la main qui le nourrit ? Les cathos versaillais compteront leurs dix soutiens à l’Assemblée, sans lendemain.

Tous les espoirs résident donc dans cette coagulation qui dépassera les bornes établies, qui met déjà à nu les médias aux ordres (citoyens français sans distinction de couleur + drapeau tricolore + refus des médias dominants + chant partisan = pouvait-on même imaginer cette équation il y a deux ans ?),

et qui demain, on l’espère, exprimera notre volonté de sortir de ce système triste et épuisé.

Jour de Colère, sur place

D’abord, l’information est confirmée : quand on scande « Hollande » toute la journée, il pleut.

Le nombre : mesuré à plus de 50  000 par notre expert en manifestations, qui atteint bientôt les 60 ans de pavé, et qui confesse les soirs de joie ses souvenirs sur le rassemblement du 7 novembre 1956 pour soutenir la Hongrie, rassemblement qui fixe encore aujourd’hui la contenance des Champs-Élysées à 1 million de personnes [1. Les Champs étant ce jour là à moitié remplis, on a estimé la manifestation à 500 000 personnes, ce qui a joué dans le renfort de l’autorité gaulliste].
50 000, c’était pour moi le « seuil de succès » de cette mobilisation d’un mouvement sans parti, sans syndicat, sans paroisse ; ce qui augure d’un printemps… colérique !

Les heurts : montés en épingle par les médias dominants, ils se sont produits (pour tous ceux que j’ai pu voir) exclusivement après la dispersion de la manif, et ont été largement provoqués par les manipulations policières :

  • fermeture de la place après l’arrivée du cortège, au point que vers 17h45, sentant la dispersion arriver, je me suis demandé par où on allait sortir ;
  • dispersion à 18h09 et première lacrymo avenue de Villars à 18h16, 7 minutes seulement. D’après les témoins, il s’agirait de provocateurs qui ont chargé les barrières (que faisaient-elle là ?). J’étais au bord de la place à ce moment là, et j’ai vu 500 personnes fuir les gaz, dans un mouvement assez impressionnant de jeunes filles, de quinquas, de dames…
  • actions étranges, avec l’attaque brutale du camion régie par des gens sortis de nulle part ; cette action était sans commune mesure de violence avec les gestes de colère à l’encontre des journalistes qui ont paru dans les médias
  • attaque des CRS par des provocateurs en civils qui passaient d’un côté et de l’autre de la ligne sans souci
  • la souricière avenue de Tourville

Je me permets donc de corriger des journaux malencontreusement mal informés : « C’est au moment de la dislocation du cortège que la police s’ attend provoque à des incidents« .

Ces manœuvres s’achèvent dans un ratage lamentable de l’Intérieur qui interpelle et met « au frigo » 250 manifestants environ, dont trois journalistes et un prêtre, pour ne poursuivre que 8 manifestants. Si on avait arrêté les provocateurs, on aurait pu en poursuivre 50… Face à Valls qui veut « briser la contestation », les manifestants se sont montrés fermes et résolus.

twitter.com/Herissident/status/428144791298531328

Certains manifestants, très minoritaires, ont pu être plus prompts à se laisser provoquer ; je témoigne que, contrairement aux inquiétudes de certains, les « quenelliers » et les français de branche n’ont pas été mêlés à ces incidents sur la place Vauban et que le groupe « Liberté d’Expression » a été splendide, tant en mobilisation qu’en enthousiasme.