Emmanuel Todd : « Est ce que les éduqués supérieurs sont tellement supérieurs ? »

2h19 : « Est ce que les éduqués supérieurs sont tellement supérieurs ? »

« L’un des biais du système actuel, c’est que le tri social par le système éducatif qui était conçu comme émancipateur, est devenu une extraordinaire machine à trier la population jeune pour son avenir social, […] une machine à fabriquer les classes sociales du futur, une machine à fabriquer l’inégalité […] et qui justifie l’inégalité ».
« l’intelligence existe, il y a différents niveaux d’intelligence, mais le tri éducatif, particulièrement à partir de l’université, ne se fait pas uniquement sur le critère de l’intelligence, il se fait aussi beaucoup sur le critère de l’obéissance »
« au final, est ce qu’on obtient une classe supérieure tellement remarquable par son intelligence ? Ca ne me parait pas évident »

« en haut de la société, vous aurez une sur-accumulation de conformisme et de crétinisme par obéissance aux consignes reçues depuis la petite enfance, et en bas vous aurez des gens parfaitement intelligents mais qui n’auront pas été pris dans le moule du système parce qu’ils ont un peu plus de mal à obéir […] on va vers une période où les gens intelligents vont s’accumuler dans la population qui fait le moins d’études »

2h06 : « Quand vous traitez de ‘populiste’ des gens qui votent pour un changement dans un pays où la mortalité augmente, et qu’on vous décrit comme des ‘élites compétentes’ les gens qui disent que tout va très bien alors que la mortalité augmente… Je préfère parler de révolte populaire, de révolte démocratique »

2h15 : « Un pays comme la France, avec ses 10% de chômage, le pays où il ne se passe rien. Actuellement tout le monde se concentre sur la nullité de Hollande. Il est nul. Mais ce qui permet à Hollande d’exister, c’est des forces sociales beaucoup plus profondes, une attitude d’irresponsabilité des classes éduquées supérieures et des vieux. Pour que la France bascule, il faudrait que les éduqués supérieurs et les vieux soient un peu plus responsables »

La sédition

Le régime tyrannique n’est pas juste parce qu’il n’est pas ordonné au bien commun, mais au bien privé de celui qui détient le pouvoir, comme le montre Aristote. C’est pourquoi le renversement de ce régime n’est pas une sédition ; si ce n’est peut-être dans le cas où le régime tyrannique serait renversé d’une manière si désordonnée que le peuple qui lui est soumis éprouverait un plus grand dommage du trouble qui s’ensuivrait que du régime tyrannique. C’est davantage le tyran qui est séditieux, lui qui nourrit dans le peuple les discordes et les séditions, afin de pouvoir le dominer plus sûrement. C’est de la tyrannie, puisque c’est ordonné au bien propre du chef, en nuisant au peuple.

Somme Théologique, Thomas d’Aquin, question 42 : la sédition (solution 3) (question complète)

 

 

Le couac d’irresponsabilité

Si le chômage ne baisse pas d’ici à 2017, je n’ai, ou aucune raison d’être candidat, ou aucune chance d’être réélu

François Hollande, 18 avril 2014, Clermont-Ferrand

En 2014, nous aurons besoin de la mobilisation de tous pour gagner cette bataille [du chômage]. C’est pourquoi je propose un pacte de responsabilité aux entreprises.

François Hollande, 31 décembre 2013, Voeux aux Français

En une phrase, le président Hollande vient d’admettre qu’il ne sait pas si le pacte de responsabilité est la bonne arme contre le chômage.

Bonus : c’est la première fois, je crois, qu’un président de la République sert de fusible médiatique à un de ses conseillers.

Europe, le pire est à venir : TAFTA, pacte de libre échange

Le traité de libre échange ou TAFTA, traité entre l’UE et les USA, portant sur le libre échange des biens et services, pointe son nez derrière les élections européennes.

En 1997, une première tentative avait échoué devant la levée de boucliers. Depuis, on sait que le traité se négocie, mais à huis clos. La signature elle, est prévue pour 2015. Seules quinze pages ont fuité l’année dernière.

Le premier volet de ce pacte transatlantique, c’est l’homogénéisation des normes, pour la liberté de commerce généralisée, au profit des entreprises transnationales.

On veut rapprocher les normes des deux zones, européenne et américaines. Pourquoi ? Pour permettre aux multinationales de vendre leurs produits sur les deux marchés. Aujourd’hui, les poulets lavés au chlore ou le boeuf aux hormones est interdit en UE. Demain, les USA voudront vendre leurs produits sur le marché européen.

Dans tous les domaines : alimentaire, santé, énergie, automobile, au prétexte de faciliter le commerce, on va en fait supprimer les protections, diminuer les régulations, réduire les contraintes et donner libre cours au marché.

Une des conséquences logiques, c’est la légalisation des OGM en UE, même pas au prétexte de nourrir plus de gens ou d’aider les paysans, mais pour les bénéfices et l’expansion de l’industrie agro-alimentaire.

Le deuxième volet, le plus lourd, le plus destructeur, c’est l’arbitrage, c’est à dire la possibilité légale pour une multinationale d’attaquer une collectivité, y compris un Etat, si elle estime que les décisions, y compris des lois de cet Etat, nuisent à la bonne marche de son activité.

Selon le mandat du projet, il s’agit “d’accroître la soumission des institutions démocratiques de l’UE et d’accroître la soumission de ses États membres aux lois du marché et aux entreprises multinationales”. Soumettre les gouvernements, c’est déjà à peu près fait, soumettre les peuples, c’est pour demain.

Quelques exemples des applications de l’arbitrage :

  • L’alimentation : si une entreprise américaine produit du bœuf aux hormones 10 centimes au kilo moins cher qu’un producteur local, l’entreprise attaquera les pays européens qui lui refusent l’accès à ses consommateurs : entrave au marché !
  • La culture, par exemple le droit de préemption, qui permet à un musée français de retenir en France une oeuvre d’art avant qu’elle parte à l’autre bout du monde : entrave au commerce !
  • La santé, où les assurances privées poursuivront la Sécurité Sociale pour concurrence : entrave aux profits !
  • L’emploi, où les agences d’intérim poursuivront Pôle Emploi pour concurrence déloyale. Si Pôle Emploi n’est pas une sinécure, on peut faire confiance aux entreprises privées pour faire des profits même quand il n’y aura plus un seul poste à pourvoir.
  • Les retraites, où les fonds de pension attaqueront le régime général des retraites, non pas pour être plus efficaces, mais pour pouvoir profiter des cotisations.

L’extension généralisée de la course au profit sur tous les biens, y compris les biens communs, c’est le but du pacte transatlantique.
Les petits patrons, même les moyennes entreprises, n’auront pas les moyens de suivre, et à quel titre ? Préserver son environnement social et humain, penser aux générations futures, ça ne s’inscrit pas dans un bilan comptable.

Le dernier rempart qui devrait nous protéger du libéralisme à tout crin, c’est la nation ou l’Europe ; il semble que les élites nationales et européennes aient choisi de ne pas se battre.

Le remaniement en a été un des plus récents exemples : la guéguerre entre Arnaud Montebourg et Laurent Fabius pour le Commerce Extérieur cachait en fait la direction du commerce extérieur qui ira demain à Bruxelles pour aller signer le pacte transatlantique.

Arnaud Montebourg est contre, Laurent Fabius est pour, comme François Hollande. Qui est ministre du Commerce Extérieur ? Laurent Fabius. Pour eux, la messe est dite.